Pourquoi tout le monde ne réduit pas ses déchets ?

Comment répondre judicieusement à la question « Si c’était si facile, alors tout le monde le ferait? » Tu es surement déjà convaincu par l’intérêt de réduire tes déchets, tout en continuant à évoluer dans ton cercle familial et social. Alors comment répliquer, trouver les bons mots, sans pour autant passer pour le moralisateur barbant ou l’amateur perdu dans ses explications scabreuses ? Après tout, tu sais qu’une bonne réponse pourrait être l’argument qui manque à ton interlocuteur pour se laisser tenter et démarrer lui aussi son virage zéro déchet.

Au risque de te surprendre, c’est la faute de la loi normale. Elle nous place tous dans une catégorie et il n’est pas possible de s’adresser à chacune avec le même message. L’idée de base reste la même pour tous, mais l’approche diffère pour chacune.Tu verras, une fois que tu auras compris à quelle catégorie tu t’adresses, tu seras en mesure de fournir une réponse crédible et qui mettra tout le monde d’accord.

La question qui tue … Mais pourquoi et pourquoi ?

Que tu sois débutant ou non dans le zéro déchet (ou tout autre projet « différant »), dès que tu agis à contre courant, tu suscites la surprise, l’incompréhension, la réprobation, dans le pire des cas les attaques des autres. Les autres, qu’ils soient des inconnus ou appartenant à notre entourage, s’ils ne sont pas sensibilisés à ta démarche vont avoir plusieurs idées reçues. Au final, tu as l’impression qu’il faut que tu te justifies. La nature humaine a tendance à douter de ce qu’elle ne connait pas, de ce qui est en dehors de ses habitudes. Alors souvent voilà la question qui revient et qui tue tout sur son passage:

Si c’est si simple ! Alors pourquoi tout le monde ne le fait pas ?

J’ai envie de te dire : c’est normal, ce n’est pas de ta faute et tu n’as pas à te reprocher de vouloir agir pour te créer un quotidien en phase avec tes valeurs environnementales. Personnellement, j’ai tendance à répondre, sans réfléchir, que c’est parce que le monde n’est pas prêt. Mais avoue que cette réponse manque un peu de substance. D’un côté, il faut absolument éviter de tomber dans le piège de la moralisation à outrance, éviter le sermon indigeste qui fait fuir plus qu’autre chose. De l’autre côté, tu ne veux pas non plus renvoyer l’image de l’amateur peu crédible, de l’idéaliste aux arguments mous.

Répondre à cette question est à double tranchant :
  • soit l’interlocuteur va être motivé à réduire lui aussi ses ordures. Il va vouloir en savoir plus, être captivé et ouvert à l’idée que c’est une option viable pour lui,
  • soit il va se braquer et opter pour une attitude diamétralement opposée, tout rejeter en bloque, faire preuve d’un scepticisme obtus, avec qui poursuivre un dialogue constructif est juste impossible
  • entre les deux il y a tout le spectre gradué des comportements

À l’heure actuelle, il y a autant de réponses qu’il y a de situations et qu’il y a d’interlocuteurs. Alors parmi, toutes il y en a forcément une qui s’adapte à ta situation. Il suffit de voir comment un excellent vendeur est capable de nous faire rêver avec un produit X quand un autre va nous faire penser à coup sûr qu’il y a anguille sous roche.

Il est possible de comprendre comment tu peux te positionner et te placer dans une condition favorable pour construire une discussion enrichissante.

La solution est qu’il faut te mettre au niveau de la personne, parler le langage qu’elle comprend.

C’est la faute de la loi normale

Quand il s’agit de modifier un mode de vie, d’améliorer son quotidien, il ne faut pas agir comme la moyenne. Il faut s’inspirer des quelques 10% des personnes qui font mieux que nous, reproduire leurs méthodes, intégrer leurs idées et imiter leurs actions.

La raison pour laquelle certains vont tout de suite trouver génial de réduire ses déchets et d’autres vont tout rejeter en bloc est simple. Elle est statistique. Permets-moi de te présenter un « beau » dessin :à

courbe de gauss

Loi de la normale

Il s’agit d’une courbe de distribution qui modélise les phénomènes naturels issus de plusieurs événements aléatoires [source : Wikipédia mon amie] , aussi appelée la loi de Gauss. Elle nous vient de deux mathématiciens, physiciens du 19ème siècle Laplace et Gauss.

Un peu de réflexion, mais pas beaucoup promis !

La « magie » de cette courbe en cloche est qu’elle s’adapte à tout (ou presque, elle ne va pas chercher le café le matin …).

Disons, que dans notre cas, elle représente sur l’axe vertical le pourcentage de la population et sur l’axe horizontal la proportions d’aliments sans emballage achetés chaque semaine. Exemple pris au hasard 🙂  Ça pourrait tout aussi bien être la proportion des gens capables de faire un salto arrière ou ceux capable de remplir des grilles de Sudoku…

80% vont être terminer leur grille en 5 minutes, 10% vont le faire en moins de 1 minute. 10% vont mettre plus de 10 minutes. Ainsi, 10% de la population va être capable de ne produire que très peu de déchets.

La portion en cloche du milieu correspond à la moyenne. À gauche ce qui est en dessous et à droite ce qui est au dessus de la moyenne.

Évidement, nous voulons tous être au dessus de la moyenne et aller le plus possible dans la portion de droite.

La recette magique pour répondre

Tu l’auras compris, penser que si c’était si facile, alors tout le monde le ferait !

Et bien non, tout le monde ne le fait pas. La grande majorité de la population, de notre entourage, de nos collègues, sont dans la moyenne ou en dessous.

Tout le monde ne veut pas réduire son empreint écologique. En fait, la plus part des gens ne veulent pas consommer mieux, limiter les emballages, les produits en plastiques, réduire le gaspillage… Peut-être qu’ils aimeraient, mais ils ne veulent pas faire d’effort. Car ils sont très bien comme ils sont.
La réussite arrivent à ceux qui font l’effort d’agir, qui se mettent en marche et qui avancent.

Les personnes sceptiques, qui cherchent à argumenter, à se mettre en situation de conflit, à se plaindre sont définitivement dans la portion gauche de la courbe de Gauss. Peu d’entre elles vont agir réellement pour changer les choses. Et parmi celles qui vont amorcer une action, peu seront assez persévérantes pour dépasser les premiers obstacles qui se présenteront. Ces personnes de gauche voudraient tout et tout de suite.

Maudit reptile

La raison est viscérale, elle nous vient de notre héritage génétique : le changement fait peur. Avant pour survivre, il fallait être dans le clan (la tribu). En étant différent, nous étions rejetés en dehors du groupe. En dehors du clan, on finissait mort, impuissant face aux prédateurs. Aujourd’hui, la tribu est plus une reconnaissance sociale. Faire différant, c’est aller à contre courant et ça dérange. Aujourd’hui, pour la grande majorité des gens, assurer sa survie revient à éviter tout changement.

Il est bien plus confortable de ne pas sortir de sa zone de confort, de rester en terrain connu, comme on a toujours fait, comme on nous a appris, d’être comme tout le monde. Celui qui nous conforte à rester dans la position, paisible, calme et rassurante, et nous retient d’agir est la portion reptilienne de notre cerveau. Celle qui gère nos réflexes, nos réflexes de survie. Car oui, rester où nous sommes est un réflexe de survie, notre cerveau sait déjà qu’il est en sécurité alors pourquoi agir pour se mettre en dehors de cette sécurité.

Une portion de réponse

Parce que ça me démange de le dire. C’est qu’il faut montrer à notre reptilien que c’est correct, qu’il ne va pas être en danger. En y allant en douceur, il va être en mesure de laisser tomber ses réflexes. Lui laisser le temps de dire, « ah ben c’est ok tout va bien! » et il aura vite fait de passer à un autre sujet [de survie capitale]. Inspirer… Expirer … 

À cause du confort présent et à cause de cette raison de survie, la majorité des personnes ne bougeront pas. C’est la raison pour laquelle « tout le monde » ne le fait pas. Et c’est aussi la raison pour laquelle « tout le monde » trouve des excuses (trop compliqué, trop coûteux, pas le temps, c’est impossible…). C’est bien plus facile et confortable que de prendre les choses en main.

Seuls ceux qui osent agir sont en mesure de renverser ce blocage et passent à l’action, finissent par changer leur quotidien et une fois que cette fausse peur (ce faux blocage est franchi) alors ils peuvent dire que oui c’est facile. Oui leurs efforts payent.

Bon concrètement, on répond quoi ?

Avant de répondre, il faut vouloir et agir pour sortir de la moyenne, commencer à imiter les 10%  qui sont dans la partie de gauche. S’inspirer et agir comme eux. Il faut commencer par soi. Si toi tu réussis et que tu donnes l’impression que c’est simple (pas par le matraquage d’idées et des conseils moralisateurs), je peux t’assurer que les autres, les septiques, vont le remarquer.

Et puis, ces autres, ce sont les autres, pas toi. S’ils ne sont pas prêts ce n’est pas de ta faute. Ils n’ont pas fait le chemin que tu as déjà entamé.

Réduire ses déchets devient facile pour ceux qui osent et qui agissent.

Montre leur, sans te mettre en position supérieure. Rappelle-toi que tu as déjà toi aussi été dans la portion à gauche de la courbe. Réponds qu’en faisant un pas après l’autre, quelque soit la vitesse, il est possible d’avancer plus loin. Petit à petit ils pourront aller encore plus loin. Tu vas en être la preuve.

Celui qui veut, peut le faire !

Qui ose peut atteindre ces objectifs !

Celui qui déploie de l’énergie et maintient ses effort peut obtenir des résultats.

Au final, c’est facile pour tous ceux qui se bougent !

À toi de jouer !

Marcher est difficile pour un bébé de quelques mois. Rendus des adultes nous oublions avoir déjà galéré. C’est rendu simple de marcher et courir. C’est même une évidence.

Ainsi, avoir de bons comportements vis à vis de l’environnement peut devenir simple et évident. Tout dépend de l’étape où nous nous trouvons : dans notre phase bébé ou adulte ?

Tu n’es pas tout le monde !

À toi de marcher ! À force de te voir aller, les autres voudront te suivre. Et c’est tellement plus facile de marcher que de rester à ramper !

Enfin, ne marche pas tout seul. Entoure-toi de personnes qui savent déjà courir, tu progresseras plus vite.

Tout est facile pour celui qui ose !

Voilà la réponse à donner !

Si tu aimes ce genre d’article, ou si au contraire tu détestes, fait moi savoir. Tu peux aussi me dire les sujets qui t’intéressent. Ou simplement répondre à la question suivante : qu’est-ce qui t’empêche aujourd’hui de réduire tes déchets ?

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4 Commentaires

  1. Merci pour cet article vraiment intéressant. Je me pose souvent la question et malheureusement tu as raison : beaucoup de personnes ne veulent pas abandonner leur confort ! A nous de leur montrer que c’est (vraiment) facile 🙂

    • MimiK

      Le changement fait peur, mais comme tu le dis, en montrant, les autres réalisent que c’est possible et que ça peut être facile ! Sortir de sa zone de confort demande des efforts mais tu le prouves toi aussi que ça vaut la peine. Bon courage. #ensembleOnVaSauverLeMonde 😀

  2. Bonjour,
    Merci pour cet article. Moi j’avoue, je ne cherche plus à « moraliser » ou inciter les gens à faire attention. Je fais, je prouve par l’exemple sans dogmatiser. Je me suis résolue à passer pour la bobo écolo aux yeux des autres. Au final, s’ils portent un jugement je me dis que c’est eux que ça dérange, pas moi 😉 Au final, c’est un peu qui m’aime me suive…Convaincre tout le monde en une seule fois est une utopie. Mais nous sommes nombreux sur cette planète, alors même avec la courbe de Gauss ça peut faire du monde en valeur absolue sur les côtés de la courbe 😉
    J’ajouterai à ta réflexion le problème de notre éducation à la surconsommation. Ca fait 60 ans qu’on nous bassine avec les messages subliminaux du genre « je consomme donc j’existe » ou « remplis tes placards pour être heureux »… Pierre Rabhi explique cela bien mieux que moi 😉
    Mais je ne désespère pas, il n’y a rien de mieux que l’exemple. A nous de le donner et de le montrer 😉

    • MimiK

      Bonjour Emmanuelle,
      Merci pour ton commentaire et ton retour d’expérience. Je suis 100% d’accord avec toi ! L’important c’est toi et non les autres. À force de nous voir ils prendront l’habitude ! Nous semblons être marginaux, mais dans les faits la progression vers des habitudes responsables explose, et c’est tant mieux.
      Je t’encourage à poursuivre tes efforts et à montrer l’exemple : c’est la meilleure façon de faire rendre compte :). Les actes parles d’eux mêmes.
      Je suis aussi entièrement d’accord au sujet de l’éducation et de mode de société de consommation dans lequel nous avons et évoluons. Je suis convaincue que petit à petit et même à notre niveau nous sommes capables d’avoir un réel impact, quelque soit la taille de nos actions !
      Bonne continuation

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