Le savon artisanal, ce produit d’hygiène de base, devient la vedette des salons, expositions, foires et marchés. Il voit son indice de popularité sans cesse d’augmenter. 

La magie nous vient d’un temps lointain, alors que les hommes pratiquaient le sacrifice de moutons, sur un bûcher de laurier. La légende voudrait que le linge nettoyé sur le bord de la rivière miraculeuse soit plus propre que dans toutes autres rivières… Selon le bon-vouloir de la nature, la rivière miraculeuse produirait une mousse légère, flottant à sa surface, signe que le ciel avait répondu positivement à l’offrande des hommes.

Adaptation personnelle

Aujourd’hui, nous sommes loin des mythes et croyances. Avant d’acheter, le consommateur souhaite connaitre l’origine des produits. Il est de plus en plus conscient des agents néfastes contenus dans les versions de la grande distribution. Ce n’est pas étonnant que les produits naturels deviennent de vraies vedettes.

Produits sains, méthodes écologiques, ingrédients naturels ou biologiques, respect de la terre, des ressources, mais aussi des conditions de travail des hommes, etc. sont de nouveaux critères dans nos choix de consommateurs. J’appelle cela de l’achat éclairé. Si vous avez lu d’autres de mes articles, vous n’êtes pas s’en savoir que j’encourage fortement ce type de comportement. Réclamez le meilleur !

De nos jours, nous n’allons plus à de la rivière miraculeuse. Pourtant, le savon est omniprésent dans notre quotidien. Savons-nous seulement par quel procédé il s’obtient ? Il n’y as pas si longtemps, je n’en avais pas la moindre idée. J’ai déjà vaguement suivi un cours de chimie sur le sujet, sans vraiment m’y intéresser. Il est assez surprenant de réaliser que la méthode d’aujourd’hui diffère bien peu de la recette de nos arrières-grand-mères.

La saponification à froid

Il s’agit, je pense, de la méthode la plus employée par les artisans.

Sans vouloir entrer dans les détails de chimie, un savon est le produit issu de la réaction chimique (oui, oui chimique) entre un acide gras et une base forte.

Acide gras (huile) + base forte (soude ou potasse) = Savon

Selon la base utilisée, le résultat sera différant. Ainsi, un savon solide sera obtenu avec de la soude et un savon liquide sera obtenu avec de la potasse.

Marseille, Alep et controverses

C’est avec une base de potasse que sont obtenus le savon noir et le savon de Marseille liquide. Le savon de Marseille solide est obtenu avec une base de soude. Le savon de Marseille est protégé par un édit limitant l’utilisation du nom « savon de Marseille » aux savons fabriqués à l’huile d’olive, dans la région de Marseille. Les seules compagnies dont le produit peut porter le nom sont :  La savonnerie du Fer à cheval, la savonnerie Le Sérail, la savonnerie du Midi et la savonnerie Marius Fabre. Si vous lisez entre les lignes, vous aurez compris que tous les autres, qui se disent de Marseille, sont des « faux » (source). Ils utiliseraient la méthode sans pour autant venir du Sud de la France.

Pour la petite histoire, le savon solide (à base de soude), fabriqué à l’huile d’olive, puis cuit permet d’obtenir du savon d’Alep. J’ai cru comprendre qu’en raison du conflit actuel en Syrie, l’huile d’olive de la région d’Alep est transportée jusque dans le sud de la France. Ainsi, la fabrication du si célèbre savon peut être perpétrée.
Le savon d’Alep souffre lui aussi de la commercialisation de « contrefaçons ». Certains savons « frauduleux » sont composés de graisses animales, elles obstrueraient les pores, d’huiles de palme ou de coprah (Source). Attention, d’autres sont trop caustiques (plus de soude que de gras) et deviendraient trop agressifs pour la peau. Le vrai savon d’Alep est produit à partir d’huile d’olive. Il est figé suite à une cuisson. La saponification à chaud (cuisson) permet de l’utiliser immédiatement. Le flotte dans l’eau et se reconnait par son prix (élevé) et son sceau incrusté.

De Marseille ou d’Alep ces blocs de savons ne sont jamais parfaitement droits. À présent, vous saurez les reconnaître !

Savons de Marseille et d'Alep

Savons de Marseille et d’Alep

Retour à la saponification

La saponification, réaction entre des huiles et une base, produit un savon à deux composantes : le sel (savon) et la glycérine (agent hydratant).

savon = sel + glycérine

La glycérine obtenue naturellement par le procédé est un agent très hydratant pour la peau et les cheveux.

Glycérine et polémique

Les grandes compagnies, retirent la glycérine naturelle des savons dans les introduire dans les recettes des crèmes hydratantes. Les crèemes se vendent bien mieux et bien plus chères (avec un coût de fabrication minimum, voila une passe-passe vers un profit maximum). Lisez entre les lignes : les savons du commerce ne contiennent plus leur glycérine. Pour pallier au retrait de cet agent hyper hydratant, des glycérines de synthèses et autres dérivés (obscures, voir de nouveau l’article ici) y sont injectés. À ce camouflage, plusieurs autres additifs permettent une mousse abondante, une sensation de douceur…

Pourquoi à froid ?

La saponification est dite « à froid » car la réaction se produit à la température ambiante, contrairement à la technique à chaud qui nécessite une cuisson. Étant plus simple, et selon moi bien plus sécuritaire, la méthode à froid est celle qu’utilisent une grande majorité de savonniers artisanaux.

La réaction entre base et acide produit une pâte à consistance épaisse qui, une fois coulée dans un moule, doit reposer au moins 30 jours, et ce, toujours à température ambiante. Cette cure est le délai nécessaire pour que la réaction puisse se faire naturellement (sans cuisson, sans chaleur) et  pour qu’elle soit totale (chaque molécule de soude réagit avec une molécule d’acide gras). Le produit obtenu se bonifie avec le temps et ne présente pas de date de péremption.

Tout est question de dosage

Puisque la réaction est dite complète (ou totale) entre les deux ingrédients (base et acide), si l’un des deux vient à manquer, alors la réaction s’arrête. En ajoutant plus de soude que d’huile, le savon sera très nettoyant, mais bien trop pour la peau. Dans le cas contraire, avoir plus d’huile que de soude, produit un savon surgras, c’est l’opération du surgraissage

Vous l’aurez deviné, la grande majorité des savons du commerce ne sont pas surgras. Pourtant, l’ajout d’huile est bénéfique pour la peau. Le produit final peut profiter des bienfaits de celle employée lors du surgraissage.
Attention, à vouloir profiter des propriétés des huiles, en mettre trop résulterait en un savon trop mou, qui se démoule très mal et pas vraiment esthétique.

Un surgraissage de 5% est suffisant pour conserver un bon équilibre et obtenir un savon doux. Il est possible de l’augmenter jusqu’à 10% sans compromettre la tenue du savon.

Comment le savon lave-t-il ?

Le savon c’est pour laver, n’est-ce pas ? Mais comment ça marche ?

Aucune de prise de tête, pas de mots savants.Promis : explication simple.

La réponse repose dans la structure particulière d’une molécule de savon :

  • une partie aime l’eau (la tête)
  • l’autre partie aime l’huile (la queue).

La surface de la peau est recouverte d’une film huileux (couche de graisse qui fait office de barrière protectrice).
Les impuretés sont logées dans le film gras.

  1. La queue va se fixer au gras
  2. La tête va être attirée par l’eau.
  3. L’action de l’eau va emporter la tête, dans sa course, impuretés et bactéries, accrochées au gras (lui-même accroché à la queue) vont aussi être emportées.

Résultat : une peau nettoyée.
Le même principe peut être appliqué pour une tache sur un tissus.

Bulles et mousse

Et la mousse dans tout ça?
Une fois de plus, allons-y simplement. Le sel contenu dans le savon se dissout dans l’eau. Ce sel dissout associé à l’oxygène produit une autre réaction chimique : la mousse.

sel dissout + oxygène = mousse

Toutefois, ce n’est pas parce qu’il y a beaucoup de mousse que le savon lave d’avantage. Un savon fait à 100% d’huile d’olive (Marseille ou Alep) moussera très peu. La mousse est un concept purement marketing.
Le type d’huile, entrant dans la composition du savon, influencera la quantité de mousse. Les huiles qui permettent une belle mousse sont, entre autres, l’huile de palme, le karité, le beurre de cacao  ou l’huile de ricin.

Que devrait contenir un bon savon ?

Petit récapitulatif, un bon savon contiendrait :

  • de la glycérine naturelle (plutôt qu’un ajout subséquent)
  • un portion de 5 à 10% d’huile non saponifiée (qui n’a pas réagit avec la soude ou la potasse). Le surgraissage confère au savon des caractéristiques émollientes, nourrissantes, revitalisantes ou apaisantes, selon l’huile choisie
  • des ingrédients naturels (plutôt que des substituts issus de la pétrochimie)

Le mot de la fin

La légende disait que, si la rivière miraculeuse se couvrait d’une mousse fine et légère, cela était le signe que les cieux répondaient à l’offrande des hommes. En retour, les hommes pouvaient profiter des propriétés magiques de la rivière…

Dans les faits, je ne suis pas certaines que cette légende ait jamais existé. Mais je l’aime pareil.

Si vous m’avez suivi jusqu’ici (bravo !), vous aurez compris que la magie est simple. Point de supercherie. Elle découle de la saponification entre le gras animal (gras) associé aux cendres du bûcher (base forte). Une fois dissout dans le cours d’eau, le sel associé à l’oxygène produit de la mousse. S’en suit l’effet nettoyant des molécules de savon : la partie qui aime le gras capte ce dernier auquel sont incrustées les impuretés, puis la partie qui aime l’eau est entraînée par le flux de la rivière.

Voilà mis à jour le pouvoir magique de la rivière miraculeuse !

 

Domine ta poubelle dès maintenant !

Profite d'une foule d'astuces zéro déchet. Reçois tout de suite les 4 conseils indispensables pour alléger ta poubelle, transformer durablement ton quotidien et bien plus encore ! C'est gratuit !

Bravo ! Que l'aventure commence !

Défi gratuit !

7 jours pour mettre ta poubelle au régime

et créer ta routine zéro déchet

Tu es inscrit au défi 7 jours pour mettre ta poubelle au régime !

Pin It on Pinterest

Share This